vendredi 1 juillet 2011

Point de vue et idées sur le thème du cirque

Nous avons chez nous un rapport ambigu au cirque. Plus précisément à un type de cirque : celui avec des animaux. Le Prince et moi sommes unanimement d'accord pour ne pas emmener les enfants voir des cirques où il y a des numéros d'animaux (et nous ne sommes pas les seuls). Nous savons bien que ce n'est pas pareil partout / que la magie du cirque etc etc ...
Et aussi que nous n'allons pas au bout de notre logique nous qui avons élevé des animaux en cage, allons occasionnellement au zoo, ou bien faire du poney ... en plus, Mario Luraschi, entre autre célèbre dresseur de chevaux pour le cinéma, est l'une de mes idoles.
Mais n'empêche qu'il y a bien des  années que nous avons pris cette décision, pas de cirque animaier, surtout pas les "petits cirques".
Voir l'association Code animal pour la protection des animaux en captivité
Voir aussi cet article se référant à la pensée de Boris Cyrulnik
Pour résumer, j'emprunte des propos trouvés sur le web : "Présenter à l'enfant un animal que l'on soumet, enferme et qui le plus souvent présente des troubles du comportement...? Notre devoir de parent est sans doute d'ouvrir l'enfant au respect de l'autre qu'il soit animal ou humain et non de lui montrer la soumission et la chosification du vivant."
Mais ya un mais : l'exception, ce sera probablement la retransmission à la télé (et peut-être même l'enregistrement), tous les ans en fin d'année, des numéros du festival du cirque de Monte Carlo. Et pis c'est tout.

Quand je travaillais au collège de Bully, j'ai eu la chance d'assister à une représentation du Cirque Plume (le spectacle Plic Ploc), j'avais même emmené mon filleul. Les spectacles du Cirque Plume sont juste merveilleux, mais ce ne sont pas des spectacles pour le petits : trop longs, trop bruyant, trop sombres (les gradins). Cependant, quand j'ai su que la troupe repassait par Amiens, avec le spectacle "l'atelier du peintre", j'avais vraiment envie de faire connaître ça à ma ptite famille. Mais c'est cher aussi ... Bon, c'était en février dernier, le Prince avait tranché : j'ai réservé pour Mayumi et moi (pas loin de son anniversaire en plus !), et lui resterait avec Isao (si !).
ça n'a pas été facile pour eux deux ...
Quant à nous ! Quelle bonne soirée ! Dans la file d'attente pour retirer nos billets, je pensais à mon filleul, lui ai envoyé un message juste pour lui dire où j'étais, ce que ça me rappelait ... Ben ça l'avait marqué aussi mon jeune homme ! Il m'a renvoyé un texto-roman, précisant même que l'affiche que je lui avais payée  l'époque était encore sur son mur !
Mayumi avait été très calme, très attentive, avec des réflections pertinentes affirmées bien fort, du genre "le monsieur est déguisé en princesse". Par contre, lors d'un numéro comique, on aperçoit quelques secondes un homme nu, et elle n'a rien dit du tout, question d'habitude et c'est bien je pense. Elle a bien rigolé aussi. C'est long, presque 2 heures, alors au bout d'un moment, la lassitude est apparue, elle est venue sur mes genoux, je lui commentais tout, ravivant son intérêt, ça a bien fonctionné.
On est sorties les dernières de l'amphithéâtre, Mayumi faisait des pirouettes pour se dégourdir un peu.
On est reparties avec une nouvelle affiche pour Olivier, et le dvd du spectacle, que l'on a fait dédicacer par la troupe. On y repense à chaque fois que l'on passe devant la maison de la culture.
Dossier pédagogique du spectacle ici
Il faudrait que je regarde de nouveau le spectacle pour voir s'il est possible de reproduire des numéros avec des jouets. Celui que Mayumi a préféré était vers le tout début : une dame dans une roue.

Sélection shopping
Petit univers du cirque
Il est difficile d'échapper aux animaux, et ce serait dommage d'être trop sectaire car certains jouets sont vraiment très beaux. J'en ai donc sélectionné quelques uns qui n'en font pas trop. Pour le coup, je trouve que le cirque playmobil mise beaucoup sur les numéros de dompteur, et n'est donc pas dans la sélection.
- magnifique chapiteau en bois et tissu, sans accessoire
- cirque vintage des little people, à trouver d'occasion, avec quelques animaux
- cirque duplo avec de beaux numéros, et des animaux
- très beau cirque en bois plan toys avec chapiteau, gradins, animaux, numéros d'acrobatie et boîte de magie
- blocs colorés pour assembler une piste ou tout autre chose, avec quelques animaux
- kit de playmaïs pour décorer un chapiteau et une piste

Les acrobates
- lot d'acrobates playmobil avec corde de funambule, trapèze et autres accessoires d'équilibre
- des jouets en bois traditionnels, qui fonctionnent grâce aux lois de la physique, chouette  regarder même pour les plus tetits : un acrobate qui descend d'une échelle, un acrobate à la barre fixe, ou celui-ci plus rustique
- des jeux de société basés sur l'équilibre : acrobates en plastique / acrobates stylisés en bois / clown acrobate (haba) / Luigi l'acrobate / coocoo le clown
- les acrobates ninjas de notre enfance, à lancer sur une vitre et à regarder descendre

Jouets premier âge
- encastrement à pions, avec des animaux
- boîte à formes en bois en forme de chapiteau, avec des animaux
- encastrement playmobil 123, les pièces à encastrer sont des figurines  part entière, avec un cheval
- encastrement à pions, musical, représentant 6 clowns
- boîte à musique à manivelle, des animaux et personnages bougent
- jeu pour enfiler des acrobates sur des tiges
Et ce bon vieux train du cirque (plein d'animaux) à encastrer, qu'on n'a jamais retrouvé chez Mamy ...

Etre acteur du cirque
Voir ici la sélection que j'avais faite pour la gym : possibilité de numéros de jonglage, d'équilibre ...
Pour ce qui est des acrobaties, on peut aussi pencher pour des structures classiques telles qu'un trapèze, une corde à noeuds, ou bien ce type d'échelle.
Un trampoline (ah, je me répète ?).
Une slack line, c'est à dire une bande de funambulisme relativement large, à accrocher à quelques centimètres du sol, entre deux arbres par exemple.
Il y a aussi tout ce qui concerne la magie, mais c'est tellement vaste que j'y reviendrai plus tard.
Un kit pour faire des bulles géantes.
Un nez de clown, forcément.
Les ateliers de cirque sont accessibles  partir de 2 à 4 ans selon les villes. Voir ici une initiative originale à partir de 3 mois.

Jeux de société
- la grande parade
- bumba
- clowns party
- zygomar

Livres
Il existe beaucoup de beaux livres, documentaires et fictions, consacrés au cirque, mais bien souvent je n'apprécie pas beaucoup leur orientation.
Voir ici une biographie et des idées d'activités pour les âges de la maternelle.
Je note quand même Martine au cirque, qu'on a  la maison, parce que c'est Martine.
Je note aussi Monter un spectacle de cirque, qui s'adresse à ceux qui s'occupent de petits en âge de la maternelle.
Et je note encore Circus, un recueil de photos et illustrations, comme savent bien le faire les éditions Taschen, retraçant en images l'histoire du cirque à partir du 19e me semble-t-il (avec des animaux donc).

Enfin, j'ai en vain essayer de retrouver sur le net un puzzle emprunté à la médiathèque, des pièces en plastique permettant de reconstituer, sur 2 niveaux, le visage d'un clown, certaines pièces étant des engrenages.

Idées sur le thème des fourmis

Livres documentaires


Fictions


Une bibliographie quasi exhaustives des albums jeunesse sur les fourmis

Et bien sûr la trilogie de Werber

Dvd

Marie la fourmi / Fourmiz / Lucas fourmi malgré lui / Joe chez les fourmis
Et une émission de "c’est pas sorcier"

Fourmilières

Base en plastique pour fourmilière avec lagon (il faut apporter tous les éléments soi-même) / 
kit permettant de reproduire en plâtre les galeries internes d’une fourmilière /
temple maya pour observer comment les fourmis vont créer une fourmilière sur 3 D /
surtout pas celui-ci, qui d’après les témoignages est une véritable camelote. /
fourmilières encadrées comme des tableaux


jeux de société


jeux vidéo

Lucas fourmi malgré lui / Les fourmis (d’après Werber)

Figurines


Liens :

jeudi 30 juin 2011

Non non non

mercredi 29
Mayumi a ouvert un oeil à 9heures, et avant qu'elle ne retourne dans les bras de Morphée, je lui ai rappelé que c'était le jour où elle partait en vacances, elle s'est levée tout de suite, et avec le sourire !
Elle a préparé un petit sac avec Poupée, une robe pour Poupée, Fukushima, un autre doudou, plus Georges qui est décousu, et ... des outils. Elle a aussi pris son cerceau. Au moment du départ, elle m'a dit qu'elle n'avait pas le temps de me faire un câlin, mais j'ai insisté quand même pour au moins lire une histoire, non mais ho !

Après le repas, Isao s'ennuyait, il chuinait, réclamait les bras puis voulait descendre ... Le Prince était encore là, on a décidé de faire faire un tour de bécane à Zao. C'était seulement la 2e fois qu'on le mettait dessus. Le Prince m'a fait remarqué que j'avais oublié de mettre le supports pour les pieds, mais en fait on ne les mettra pas : Isao lève les pieds ! Quand il en a marre, il les fait aller en alternance au rythme où nous poussons. Il se débrouille bien !
Je lui ai aussi laissé le porteur dans la maison, il joue à remplir le coffre, à tourner les roues, et si je l'assieds dessus, sur la surface lisse du carrelage, il parvient à se déplacer en marche arrière.

L'après-midi, nous avions fort à faire avec Zao ! Entre autres choses, nous sommes passés au magasin de surgelés, Isao s'est faufilé dans un petit espace entre deux congélateurs, si étroit que lui même a dû jouer des hanches, alors moi ... J'ai dû faire un grand tour pour le récupérer dans l'autre allée, un papy derrière était mort de rire !

Le soir, il a joué au basket : il a casé son ballon sur le cheval à bascule, à l'intérieur de la gaine de protection, il n'en revenait pas lui-même ! Après, il s'est levé, a réussi a récupérer le ballon à deux mains pour l'enlever, bien campé debout.
Il a fait une partie de cris avec son papa, rigolant fort quand papa poussait des "aaah" en l'imitant. Le papa qui lui, était épaté par la capacité d'Isao de pincer son sifflot avec ses talons ... C'est ensemble qu'ils sont montés au bain.

Mayumi montre souvent des choses dans le téléphone. Il y a quelques jours alors qu'elle téléphonait à Babou, celle-ci a joué son jeu, lui a demandé si Mayumi voyait ce qu'elle lui montrait. Mayumi a répondu que non, parce qu'elle était à la maison, elle ne pouvait pas voir ... Une logique qui ne va donc que dans un sens ... Ce mardi soir, quand elle a appelé pour donner des nouvelles, elle m'a demandé si je voyais on nouveau doudou Bart, je lui ai répondu que non, parce que je suis à la maison. "Ah oui c'est vrai" qu'elle m'a dit. On avance ...

Petit topo sur Isao
- Finis les cacas ayurvédiques au saut du lit ! Régulièrement, j'arrive quand même à les attraper dans le pot, de vraies crottes maintenant ! C'en est presque émouvant ... (n'importe quoi !). Quand je ne m'en suis pas aperçue à temps, c'est souvent Mayumi qui m'alerte, au vu de l'odeur ...
- Il mange de miel pops le matin.
- Comme tous les enfants de son âge, mais c'est le mien alors c'est forcément plus épatant, comme tous les enfants de son âge donc, il sait compter, ou plutôt dénombrer. Au moins jusqu'à 3.
- Il reconnaît très bien les bruits de la maison : celui de la porte, celui de l'escalier, la centrifugeuse qui l'attire comme un aimant, tout comme le petit aspirateur (il veut qu'on l'apire ! ça me rappelle ce brave Moïse !). Et la machine à laver, il se met debout, les mains sur la porte, pendant qu'elle essore, et ça le fait marrer !
- quand nous ne sommes que tous les deux, si j'ai envie ou besoin de m'asseoir à l'ordinateur, c'est systématiquement le moment qu'il choisit pour monter l'escalier. C'est pour attirer mon attention, la détourner de l'écran, c'est sûr ! Parfois même, il monte en faisant "non non non" de la tête, il sait !
- D'ailleurs il fait aussi "non" avec sa main.

Jeudi 30
Aujourd'hui, dernier jour du mois, le Prince a accompli un exploit : 101 commandes sur le site depuis le 1er juin !
Pas grand chose de spécial à raconter aujourd'hui : nous avons fait le demi-tour du village avec la bécane d'Isao, nous avons passé un moment tous les deux assis par terre à jouer avec le train de formes en bois ...
Mayumi a donné de ses nouvelles : elle a dormi à l'envers (?) et demain elle va à la mer, je l'ai entendu râler après Philo pour qu'elle la laisser parler, tout ça pour me dire qu'elle avait regardé le temps à la télé. Et qu'est-ce qu'ils ont dit à la météo ? Ben elle sait pas, mais elle a regardé.
Dans la soirée, Isao a fait un drôle de truc, il était couché depuis un bon moment, on l'a entendu se lever et aller vers l'escalier, mais il n'avait pas pleuré. Je me suis dépêchée de monter à cause de l'escalier, il faisait noir alors je n'ai pas bien vu, je l'ai porté pour le recoucher, et je suis presque sûre qu'en fait il n'était pas réveillé.

Signe avec moi

mardi 28
Le matin, les enfants et moi avons pris notre douche tous les trois. Mayumi a trouvé qu'il y avait encore une pette place pour papa.
Mayumi s'était levée à 10h, et après la douche, l'habillage, nous avons joué tranquillement, et vers 12h30, on attendait le Prince en jouant toutes les deux avec son tracteur quand elle m'a dit "j'ai envie de manger". La pauvre ! J'avais oublié de lui donner son petit déjeuner ! Et elle n'avait pas réclamé non plus.

L'après-midi, Mayumi est partie travailler avec le Prince, en attendant l'arrivée de Philo.
Isao et moi avons été initier des mamans au langage des signes pour les bébés. Il y avait deux petits de 4 et 5 mois, et Isao tenait à leur faire des câlins, genre coup de boule. Heureusement, un grand de 18 mois est arrivé, laissant du répit aux petits ... Ils se sont bien amusés avec des autos, et aussi à remplir et vider des boîtes.
J'ai beaucoup parlé de Mayumi car il faut bien avouer qu'Isao n'est pas le meilleur élève qui soit ... Mais il paraît que très souvent les signes se déclenchent aux alentours de 13 mois, alors on verra bien ... Isa sait faire des signes, mais il ne les emploie pas, sauf "au revoir", en montant le bras bien haut façon nazi. Par contre, il fait de gros efforts pour prononcer : clé, maman, papa, mais aussi plus occasionnellement "va" pour vache, "ch" pour chien, et un truc qui se termine en "a" pour chat. Hier, il essayait de jouer avec moi à raconter la comptine "atchoum", pas très concluant, mai y mettait tout son coeur. Et bien sûr, c'est le roi du coucou, il dit "toutou - beu".
Lors de l'atelier, je montrais le signe "téter" et l'on a vu débouler Isao qui avait bien compris et marquait son intérêt !

Peu après notre retour, Mayumi est arrivée avec Philo, elle est venu m'aider  porter le panier jusqu'au container des verres un peu plus haut dans la rue. Elle semblait effrayée par le fait de me passer les bouteilles, certainement depuis qu'elle en a cassé une. Je l'ai convaincue de le faire seulement une fois, et je l'ai portée jusqu'au trou pour que ce soit elle qui jette la bouteille. Bon du coup elle n'avait plus peur, et je l'ai montée et descendue pour toutes les bouteilles (mes vieux os !).
Depuis quelques jours, Isao poussait la vieille bécane de Mayumi, marchant toute la traversée du parking ! Cette fois, j'ai ajouté la structure qui lui permet d'être assis dessus sans tomber, et la canne pour le pousser. ça a semblé bien lui plaire !
En même temps, j'ai remis la main sur le cerceau de Mayumi, elle était toute contente. Elle le met autour d'elle, le lâche en tournant sur elle-même, ce qui fait qu'effectivement le cerceau tourne un peu, ça la ravit !
En parlant de la radio qu'Isao ne fera probablement pas (pour son doigt), j'en suis venue à sortir celles du pied de Mayumi, et des poumons d'Isao. J'ai montré à Mayumi à quoi ça correspondait sur son squelette articulé (nommé Blanc), et sur elle aussi bien sûr. Elle a semblé comprendre que tout le monde a une "tête de masque" à l'intérieur de son visage.

Quand le Prince est rentré, il avait les cartons contenant le premier cadeau arrivé pour l'anniversaire d'Isao : sa chaise haute, rouge. Traditionnellement, les cartons et matériels d'emballage ont eu beaucoup de succès, Le carton s'est transformé en tunnel à "toutou - beu", en boîte à Mimi ...
Du coup, pour le repas du soir, Isao a mangé avec nous comme un grand ! C'est une chaise haute sans tablette, le but étant que le bébé profite de la table des grands. ça fait tout drôle de voir les deux enfants a la même hauteur, et ça change la vie ! Isao a tout de suite accroché à cette indépendance, ce qui n'était pas le cas quand on le mettait dans la chaise haute du magasin. On ne lui met pas d'assiette par contre, mais des petits morceaux d'aliments, 2 ou 3 à la fois, posés devant lui à même la table. Son grand plaisir a été de taper sur la bouteille en verre avec une petite cuillère, un joyeux ding-ding qui ne le lassait pas. D'ailleurs, on a laissé la bouteille devant lui tellement ça lui faisait plaisir. Par contre à un moment, la cuillère est tombée et dépité, il a essayé de taper sur la buouteille avec un morceau de jambon, mais l'effet n'était pas le même !

Le soir, les enfants on pris un bain, Isao s'est levé  un moment, je croyais que c'était pour sortir, mais c'était pour faire pipi debout ! J'ai chanté la chanson "plouf plouf dans l'eau" et dès la première mesure, Isao a tapé dans l'eau comme il se doit.

lundi 27 juin 2011

nudistes

dimanche 26
Le matin, Mayumi et le Prince ont joué à la pétanque, sauf que Mayumi appelait ça "la carmagnole".
Nous avons reçu "la tata de papa", Thérèse, et Edmond. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la ressemblance dans cette famille, est frappante (je sais, je me répète), et la vérité sort de la bouche des enfants : "tu ressembles  ma grand-mère Philo, toi, elle a le même visage".
Mayumi a absolument tenu à montrer toutes ses affaires.
Les enfants ont été gâtés en habits, nos plats fétiches, soupe au lait de coco et enchilladas, ont été appréciés, même s'ils n'étaient pas en adéquation avec la météo ... Et le gâteau choisi par le Prince était divin !
Traditionnelles balade à la chapelle, visite au magasin ... Quelle chaleur ! On a noyé Isao au robinet du cimetière, à la fois pour la chaleur et pour le débarrasser des bêtes d'orage, et de retour à la maison, les deux enfants ont pris une douche, en pleine après-midi ! ça leur a fait du bien, ils étaient même plus calmes après ...

lundi 27
Mayumi a été très prolixe en carabistouilles aujourd'hui :
- jouant dans l'eau : "ça c'est de l'eau gonflable"
- entendant un "ting !" provenant de l'ordinateur : "la base virale a été mise à jour"
- Le bébé de la Barbie s'appelle Bébébarbie, "c'est un peu japonais mais pas trop"
- après questions sur "t'es con / fou / débile", "c'est gentil ou pas de dire t'es riche ?"
- un biberon de thé, alors c'est bon ? "oui c'est très croustillant"

Ce matin, Isao nous a offert un vrai fou rire en regardant sa soeur, mettre un kapla dans sa bouche et souffler pour l'expulser, et recommencer encore et encore (c'est une caisse de 280 kaplas).
Nous avions rendes-vous chez le médecin pour monter le doigt d'Isao, il a un hématome sous l'ongle de l'annulaire gauche, mais la pulpe de son doigt a une drôle de couleur aussi (j'ai observé pendant son sommeil, sinon c'est mission impossible). Dans la salle d'attente, on a attendu longtemps car il y avait eu une urgence, il y avait deux fillettes qui étaient déjà là avant nous, et qui l'étaient encore après (pas le même doc), je ne les aies pas entendues ... Par contre mes gosses, ça oui !
Bref. La doctoresse a fait tout son possible pour observer le doigt en question mais le monstre ne se laisse pas faire ! Par contre, on voit bien que ce n'est pas par douleur, c'est juste qu'il a pas envie ... Elle lui a immobilisé le doigt en le collant au majeur, et a emberlificoté tout ça dans un bandage relié au poignet, mais on avait vraiment l'impression que c'était pour dire qu'on la paye pas à rien ... Le plus hilarant, c'est quand elle a suggéré de lui laisser jusqu'à la fin de la semaine (on est lundi ! je lui ai fait remarquer). Elle a conseillé de faire une radio pour voir si la phalange est cassée, et a précisé que de toute manière il n'y aurait rien à faire.
On a roulé 3 minutes, il avait tout enlevé. Encore 1 minute et il dormait.

Nous sommes passés manger avec le Prince, puis rentrés à la maison, où nous avons installé la baignoire devant la maison, avec 15 Litres d'eau. Mayumi s'y est installée avec bonheur.  Isao trempait un pied, se raidissait (l'eau n'était pas très chaude), osait se baisser jusqu'aux mollets, se révélait, jusqu'aux cuisses, se relevait, jusqu'à la taille ... et finalement il s'est assis. Il a voulu sortir au bout de 5 minutes, mais ensuite, assis à côté, il a joué encore à l'eau avec sa soeur. Mayumi, elle, est restée 1/2h dans l'eau. J'ai fait un petit film de mes deux loulous à poils en train de patauger, je le mettrais plus tard.
Ils ont fini la journée à poils d'ailleurs, il fait tellement chaud ... Tout à l'heure, je remplissais la carafe, et je l'ai laissée déborder avant de sortir de ma rêverie : je m'imaginais en camping aller me baigner par une telle chaleur.

Mayumi a redécouvert ses animaux d'Afrique, on aurait dit que c'était la première fois qu'elle les voyait.

samedi 25 juin 2011

353 !

Vendredi 24
- En plus de notre forêt de lentilles, une pousse commence à poindre dans la vasque que nous avons plantée avec Mayumi. Certainement la patate douce. Quand elle aura pris un peu plus d'ampleur, on aménagera vraiment le jardin de fée.
- J'ai préparé le bac à piles usagées pour les porter au tri, Mayuli a passé un moment à admirer leurs belles couleurs.
- Mayumi fait des installations en ce moment, façon moi quand j'étais petite. C'est à dire qu'elle agence une accumulation d'objets d'une façon qui a l'air pensée et elle appelle pour montrer avec fierté : tous les accessoires sur le comptoir de la cuisine Barbie, tous les cadeaux qu'a reçu Poupée pour son anniversaire, tous les animaux cachés dans la forêt (le boulier en fait) ...
- avons lu Franklin veut grandir et Le petit cheval et le vieux chameau, l'édition originale de 1973 !
- En voiture, Mayumi est silencieuse, puis soudain verbalise sa pensée : "je suis jamais montée sur le dos d'un sanglier". Moi non plus.
- Plus loin, au cours d'une énième tentetive d'explication de la différence entre bois et forêt, elle medemande de compter les arbres, mais là dessous en fait, ce qu'elle veut, c'est juste que je compte, tout haut. Je sens déjà la salive qui va me manquer ... Je me promets de compter jusqu'à ce qu'elle m'interrompe. C'est parti ... 1 2 3 4 .....95 96 97 ... 177 178 179 (Isao s'endort) ... et elle se tait ! 226 227 228 ... Elle a tenu jusqu'à 353 ! Et elle voulait que je continue encore après.

Quand nous devons faire des choses un peu ennuyeuses comme aller chez igol, faire les courses ... je dis souvent à Mayumi que si elle allait à l'école, elle ne s'ennuierait pas avec moi. Aujourd'hui, en sortant de l'usine Igol, Mayumi tenait à ce que j'attende que la grille soit complètement ouverte avant d'engager la voiture, je lui réponds que j'ai envie de me dépêcher, parce que j'en ai marre. Elle me répond du tac au tac : "t'as qu'à aller  l'école". Mdr

On a été à l'artothèque ensuite. Un convoi épique : moi avec mon orthèse au poignet, le bébé porté devant, un carton à tableau dans chaque main, plus le  sac à main, et Mayumi qui trottine devant ...
Nous avons choisi "femme à l'arc en ciel" de Corneille et une oeuvre de Fauguet avec un loup (celle-là pour le magasin).
Ensuite, je les ai emmenés se défouler en section jeunesse. Isao a pris grand plaisir à dézinguer une pile de revue, 4 fois ... C'est lui qui a remarqué les petites créations faites par les enfants lors d'un atelier, suspendues au dessus des bacs, il poussait des cris admiratifs et essayait de les attraper. Je lui ai encore montré des livres  toucher, même s'il connaît bien maintenant, il allait de lui même vers les textures sans que je place sa main. A chaque page de découverte, je commentais en disant "aaan ! un coq ! aaan ! un mouton !". Après, il choisissait tout seul des livres dans les bacs, tournait les pages et je l'entendais dire sur le même ton "aaan !" à chaque page.
Mayumi faisait des pirouettes sur les tapis, elle avait comme à son habitude enlevé ses chaussures. On a lu Emile, ce qui lui a donné l'idée d'associer son scaphandrier et sa pieuvre pour le prochain bain. A la fin, c'est écrit que le poulpe Emile reçoit plein de cadeaux. Peut-être un échiquier puisqu'on l'y voit jouer avec le scaphandrier sur la page suivante. Mais qu'st-ce qu'on peut faire comme cadeau à un poulpe ? Voilà une bonne question ! J'ai suggéré des bracelets, Mayumi a opté pour une trompette.

- Le soir, Mayumi a aidé le Prince  faire le barbecue, elle avait sorti sa petite cuisine et sa dînette pour être plus efficace, et avec sa brouette, elle allait chercher des ingrédients cailloux et feuilles.
- Isao a été laissé quelques petites minutes sans couche (il fallait monter les chercher et on était tous occupés) et sans notre attention (puisqu'on était tous occupés). C'est ce tout petit créneau qu'il a choisi pour déféquer, preuve qu'il n'aime pas faire sur lui. Il a donc fait caca ... sur l'atlas ! Le Prince a commenté avec son humour habituel : "pire que Le Pen ! Il chie sur l'Europe !"

Mayumi a des soucis d'attention. C'est une petite fille très atttentive, qui peut écouter plein d'histoires à la suite, se concentrer si on lui en donne les moyens, mais qui souvent n'écoute pas ce qu'on lui dit,  moins de lui demander d'écouter. Tout comme son papa. Au coucher, j'ai discuté un peu de tout ça avec elle. De l'importance d'écouter son papa et sa maman. Cependant, je ne me voyais pas clamer juste le discours "fais ce qu'on te dit" (et pourtant on lui dit bien des fois ...) sans nuancer. Je pense que les racines de  bien de comportements à l'âge adulte se forgent dans l'enfance. Alors oui elle est petite. Mais à quel âge, arbitrairement, pam ! ça y est ! à quel âge devra-t-on lui dire que non, il ne faut pas toujours faire ce qu'on lui dit ? Que les gens ne voudront pas toujours son bien, ou ne sauront pas ce qui est bien pour elle ? Je ne pense pas seulement aux sévices ou agressions, mais plus largement à la politique, dont un sentiment, même petit, naîtra en elle un jour ... Alors voilà, mon discours d'hier soir, c'était un peu ça : dans ta vie, tu ne feras pas toujours ce qu'on te dit, mais pour l'instant, tu es petite, tu dois faire un effort pour écouter papa et maman. Elle n'a certainement pas tout compris, mais la racine est là.

samedi 25
Vers l'aube, Mayumi s'est réveillée en pleurant : "maman, ma roue de vélo elle est tout déchiré !". Je sais pas de quoi elle parle, j'ai répondu que Papa l'avait prise pour la regonfler. on s'est rendormies toutes les deux, elle ne s'en souvenait plus au lever.
Le matin, elle jouait tranquillement aux Barbie en haut, et d'un coup se met à pleurer fort, l'air d'avoir peur, incontrôlable. La Barbie nommée Martine (authantique poupée mannequin des années 60 !) avait perdu sa tête. Mayumi n'était pas seulement triste, elle avait vraiment l'air d'avoir peur. Du coup, elle repoussait aussi toutes les autres. J'ai remis la tête, et essayé de lui redonner confiance, ça a eu l'air de marcher.
Elle a entendu un mot à la télé (une course de moto), et n'arrêtait pas de le répéter à toutes les sauces : catastrophé.
Elle a amené la petite table près du canapé et s'en servait comme d'un plongeoir. Isao observait tout ça avec beaucoup d'attention.
L'après-midi, le Prince les a emmenés passer un moment à l'étang. Isao a dormi une partie du temps, Mayumi escaladait son papa, lui jetait des "pouloucoq", regardait les pêcheurs (jamais au bon endroit paraît-il), jouait avec rien, ... Isao s'est réveillé ensuite pour goûter, notamment de l'herbe. Ce que Mayumi a retenu, ce sont les klaxons d'un mariage qu'ils ont entendu ! Ah oui, et ils ont aussi vu une ferrari. Pendant ce temps, j'ai fait un peu de ménage et un peu de cuisine pour demain, et profité du silence ...
Quand ils sont rentrés, le sol était encore mouillé, pas possible de rentrer. Du coup, comme les pieds de Mayumi ont pris plusieurs tailles, et qu'elle avait ses grosses baskets, c'était le bon moment pour essayer les rollers, trop grands au dernier essai. Ce sont des rollers premier âge trouvés chez emmaüs. Ils vont ! On a été jusqu'au carrefour, elle était ravie ! Ce qu'elle préférait, c'était se laisser aller quand on lui tenait chacun une main, mais bon, c'est pas le but. Elle s'est bien débrouillée pour une première fois ! Tout droit, on peut même la lâcher. Les enfants ont encore joué un petit moment sur le parking, Isao aidait à mettre des herbes dans la brouette.
Mayumi s'est amusée à modifier son visage à l'aide de ses doigts, en se ragardant dans un miroir.
Isao a un rire ter-rible ! Saccadé ... indescriptible ! il a bien grandi, il ne tient plus debout sous le bureau de l'établi s'il n'est pas courbé.
Nouvel incident le soir : Mayumi a fait tomber une petite chaise pile sur les doigts de son frère ! Il a la base d'un ongle bleuie ... mais ça a l'air d'aller. Mais les extrémités, ça fait bien mal, et la fatigue aidant, Isao a beaucoup pleuré ... Une fois le calme revenu, et Isao couché, j'ai incité Mayumi à dessiner son petit frère avec son doigt tout bleu. Son dessin est admirable au niveu technique. Les bonhommes sont vraiment beaux. Avec un gros doigt pour le bébé. Elle a aussi dessiné une araignée en demandant le nombre de pattes. Un petit bonhomme (le bébé), en touré de 2 plus grands bonhommes (papa et maman) dont un franchement plus réussi. Et aussi du sang, même si Isao n'a pas saigné. Et un bouquet. Elle ne s'était pas représentée, je l'y ai incitée, lui montrant qu'il y avait de la place pour elle, papa et maman ont deux enfants !
Pour terminer la soirée, nous avons pique-niqué tous les 3 dans le canapé, on a fait un peu de canevas. En allnt se coucher, Mayumi a ramené un doudou pour son frère.

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Depuis quelques jours, pas mal de choses cogitent dans ma tête, des petits riens qui demandent à être écrits :

- ce porte bébé d'appoint (hippychick) qui m'aurait peut-être évité la tendinite. Mais je trouve ça cher quand même ...
- j'ai déjà écrit ici le pas à pas d'un massage du pied pour bébé. J'ai enfin trouvé la comptine idéale pour les orteils, dans l'album Les orteils n'ont pas de nom :
" Les doigts de la main ont tous un nom : pouce, index, majeur, annulaire, auriculaire
Les doigts des pieds, eux, n'en ont pas, ce qui les rend très malheureux.
Quels noms pourrait-on bien leur trouver ?
- Je sais ! dit le premier : a, b, c, d, e.
- trop alphabétique ! Il faudrait trouver une autre idée ...
- Je sais ! dit le 2e : 1, 2, 3, 4, 5.
- trop mathématique ! Il faudrait trouver une autre idée ...
- Je sais ! dit le 3e : do, ré, mi fa, sol.
- trop musical ! Il faudrait trouver une autre idée ...
- Je sais ! dit le 4e : rouge, vert, jaune, bleu, violet.
- trop coloré ! Il faudrait trouver une autre idée ...
- Je sais ! dit le dernier : pomme, orange, poire, banane, fraise.
- trop tarte ! Bon et bien tant pis ! Pas de noms pour aujourd'hui ! Une autre fois peut-être ...
Chacun des orteils dit un moceau de phrase : hop hop / pas si vite ! / comment ça pas de noms ? / et toutes nos idées alors ? / hein ?
A partir de maintenant, il faudra nous appeler : a, 2, mi, bleu, fraise !"

- d'autres idées trouvées ici ou là pour la fête des pères de l'année prochaine :
refaire la même interview pour voir l'évolution
un labyrinthe
des mouchoirs personnalisés
une boîte à photos

- Il y avait un reportage à propos d'un "homme sage-femme" (il me semble que l'on peut dire maïeuticien), il y en a peu ... Michel Odent, dont je respecte les travaux, reste un homme, et à ce titre est parfois décrié sur certains points, même parmi les adeptes de l'accouchement "naturel". J'ai même eu vent d'une mouvance "pas d'utérus, pas d'avis". Cependant, j'ai tendance à me sentir en accord avec son point de vue concernant les sage-femmes, ou du moins les femmes qui accompagnent les mamans qui accouchent : elles devraient toutes avoir accouvhé au moins une fois par voie basse sans médication. Pas de maïeuticien possible donc ... A moins qu'il n'exerce en suite de couches, ou en préparation ...

- Je n'ai jamais lu "un long dimanche de fiançailles", j'ai essayé, mais les premières pages n'ont pas réussi à m'accrocher. Par contre, il me semble que ça cause de liens entre des actions qui n'ont pas de rapport, du style "si j'arrive là avant telle heure, alors ça veut dire que Manek est vivant". Moi, j'ai plusieurs projets, de plus ou moins grande envergure, qui me tiennent à coeur, je n'ai pas envie d'en parler explicitement, par superstition probablement. Mais l'un est "peut-être éventuellement c'est posible" en passe de se réaliser. Alors je me dis "si celui-là se réalise, alors l'autre aussi". Et si ...

Texte inspirant : éduquer au XXIème siècle

Eduquer au XXIe siècle

Michel Serres, de l'Académie française
Article du monde
LEMONDE.FR | 05.03.11

Avant d'enseigner quoi que ce soit à qui que ce soit, au moins faut-il le connaître. Qui se présente, aujourd'hui, à l'école, au collège, au lycée, à l'université ?

Ce nouvel écolier, cette jeune étudiante n'a jamais vu veau, vache, cochon ni couvée. En 1900, la majorité des humains, sur la planète, travaillaient au labour et à la pâture ; en 2011, la France, comme les pays analogues, ne compte plus qu'un pour cent de paysans. Sans doute faut-il voir là une des plus fortes ruptures de l'histoire, depuis le néolithique. Jadis référée aux pratiques géorgiques, la culture, soudain, changea. Celle ou celui que je vous présente ne vit plus en compagnie des vivants, n'habite plus la même Terre, n'a plus le même rapport au monde. Elle ou il n'admire qu'une nature arcadienne, celle du loisir ou du tourisme.

Il habite la ville. Ses prédécesseurs immédiats, pour plus de la moitié, hantaient les champs. Mais, devenu sensible à l'environnement, il polluera moins, prudent et respectueux, que nous autres, adultes inconscients et narcisses. Il n'a plus la même vie physique, ni le même monde en nombre, la démographie ayant soudain bondi vers sept milliards d'humains ; il habite un monde plein.

Son espérance de vie va vers quatre-vingts ans. Le jour de leur mariage, ses arrière-grands-parents s'étaient juré fidélité pour une décennie à peine. Qu'il et elle envisagent de vivre ensemble, vont-ils jurer de même pour soixante-cinq ans ? Leurs parents héritèrent vers la trentaine, ils attendront la vieillesse pour recevoir ce legs. Ils ne connaissent plus les mêmes âges, ni le même mariage ni la même transmission de biens. Partant pour la guerre, fleur au fusil, leurs parents offraient à la patrie une espérance de vie brève ; y courront-ils, de même, avec, devant eux, la promesse de six décennies ?

Depuis soixante ans, intervalle unique dans notre histoire, il et elle n'ont jamais connu de guerre, ni bientôt leurs dirigeants ni leurs enseignants. Bénéficiant d ‘une médecine enfin efficace et, en pharmacie, d'antalgiques et d'anesthésiques, ils ont moins souffert, statistiquement parlant, que leurs prédécesseurs. Ont-ils eu faim ? Or, religieuse ou laïque, toute morale se résumait en des exercices destinés à supporter une douleur inévitable et quotidienne : maladies, famine, cruauté du monde. Ils n'ont plus le même corps ni la même conduite ; aucun adulte ne sut leur inspirer une morale adaptée.

Alors que leurs parents furent conçus à l'aveuglette, leur naissance est programmée. Comme, pour le premier enfant, l'âge moyen de la mère a progressé de dix à quinze ans, les parents d'élèves ont changé de génération. Pour plus de la moitié, ces parents ont divorcé. Ils n'ont plus la même généalogie.

Alors que leurs prédécesseurs se réunissaient dans des classes ou des amphis homogènes culturellement, ils étudient au sein d'un collectif où se côtoyent désormais plusieurs religions, langues, provenances et mœurs. Pour eux et leurs enseignants, le multiculturalisme est de règle. Pendant combien de temps pourront-ils encore chanter l'ignoble "sang impur" de quelque étranger ? Ils n'ont plus le même monde mondial, ils n'ont plus le même monde humain. Mais autour d'eux, les filles et les fils d'immigrés, venus de pays moins riches, ont vécu des expériences vitales inverses.

Bilan temporaire. Quelle littérature, quelle histoire comprendront-ils, heureux, sans avoir vécu la rusticité, les bêtes domestiques, la moisson d'été, dix conflits, cimetières, blessés, affamés, patrie, drapeau sanglant, monuments aux morts, sans avoir expérimenté dans la souffrance, l'urgence vitale d'une morale ?

VOILÀ POUR LE CORPS ; VOICI POUR LA CONNAISSANCE

Leurs ancêtres fondaient leur culture sur un horizon temporel de quelques milliers d'années, ornées par l'Antiquité gréco-latine, la Bible juive, quelques tablettes cunéiformes, une préhistoire courte. Milliardaire désormais, leur horizon temporel remonte à la barrière de Planck, passe par l'accrétion de la planète, l'évolution des espèces, une paléo-anthropologie millionnaire. N'habitant plus le même temps, ils vivent une toute autre histoire.

Ils sont formatés par les médias, diffusés par des adultes qui ont méticuleusement détruit leur faculté d'attention en réduisant la durée des images à sept secondes et le temps des réponses aux questions à quinze secondes, chiffres officiels ; dont le mot le plus répété est "mort" et l'image la plus représentée celle de cadavres. Dès l'âge de douze ans, ces adultes-là les forcèrent à voir plus de vingt mille meurtres.

Ils sont formatés par la publicité ; comment peut-on leur apprendre que le mot relais, en français s'écrit "- ais", alors qu'il est affiché dans toutes les gares "- ay" ? Comment peut-on leur apprendre le système métrique, quand, le plus bêtement du monde, la SNCF leur fourgue des "s'miles" ?

Nous, adultes, avons doublé notre société du spectacle d'une société pédagogique dont la concurrence écrasante, vaniteusement inculte, éclipse l'école et l'université. Pour le temps d'écoute et de vision, la séduction et l'importance, les médias se sont saisis depuis longtemps de la fonction d'enseignement.

Critiqués, méprisés, vilipendés, puisque pauvres et discrets, même s'ils détiennent le record mondial des prix Nobel récents et des médailles Fields par rapport au nombre de la population, nos enseignants sont devenus les moins entendus de ces instituteurs dominants, riches et bruyants.

Ces enfants habitent donc le virtuel. Les sciences cognitives montrent que l'usage de la toile, lecture ou écriture au pouce des messages, consultation de Wikipedia ou de Facebook, n'excitent pas les mêmes neurones ni les mêmes zones corticales que l'usage du livre, de l'ardoise ou du cahier. Ils peuvent manipuler plusieurs informations à la fois.

Ils ne connaissent ni n'intègrent ni ne synthétisent comme nous, leurs ascendants. Ils n'ont plus la même tête.

Par téléphone cellulaire, ils accèdent à toutes personnes ; par GPS, en tous lieux ; par la toile, à tout le savoir ; ils hantent donc un espace topologique de voisinages, alors que nous habitions un espace métrique, référé par des distances. Ils n'habitent plus le même espace.

Sans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare des années soixante-dix. Il ou elle n'a plus le même corps, la même espérance de vie, ne communique plus de la même façon, ne perçoit plus le même monde, ne vit plus dans la même nature, n'habite plus le même espace. Né sous péridurale et de naissance programmée, ne redoute plus, sous soins palliatifs, la même mort. N'ayant plus la même tête que celle de ses parents, il ou elle connaît autrement.

Il ou elle écrit autrement. Pour l'observer, avec admiration, envoyer, plus rapidement que je ne saurai jamais le faire de mes doigts gourds, envoyer, dis-je, des SMS avec les deux pouces, je les ai baptisés, avec la plus grande tendresse que puisse exprimer un grand-père, Petite Poucette et Petit Poucet. Voilà leur nom, plus joli que le vieux mot, pseudo-savant, de dactylo.

Ils ne parlent plus la même langue. Depuis Richelieu, l'Académie française publie, à peu près tous les vingt ans, pour référence, le dictionnaire de la nôtre. Aux siècles précédents, la différence entre deux publications s'établissait autour de quatre à cinq mille mots, chiffres à peu près constants ; entre la précédente et la prochaine, elle sera d'environ trente mille. A ce rythme, on peut deviner qu'assez vite, nos successeurs pourraient se trouver, demain, aussi séparés de notre langue que nous le sommes, aujourd'hui, de l'ancien français pratiqué par Chrétien de Troyes ou Joinville. Ce gradient donne une indication quasi photographique des changements que je décris. Cette immense différence, qui touche toutes les langues, tient, en partie, à la rupture entre les métiers des années récentes et ceux d'aujourd'hui. Petite Poucette et son ami ne s'évertueront plus aux mêmes travaux. La langue a changé, le labeur a muté.

L'INDIVIDU

Mieux encore, les voilà devenus tous deux des individus. Inventé par saint Paul, au début de notre ère, l'individu vient de naître ces jours-ci. De jadis jusqu'à naguère, nous vivions d'appartenances : français, catholiques, juifs, protestants, athées, gascons ou picards, femmes ou mâles, indigents ou fortunés… nous appartenions à des régions, des religions, des cultures, rurales ou urbaines, des équipes, des communes, un sexe, un patois, la Patrie. Par voyages, images, Toile et guerres abominables, ces collectifs ont à peu près tous explosé.

Ceux qui restent s'effilochent. L'individu ne sait plus vivre en couple, il divorce ; ne sait plus se tenir en classe, il bouge et bavarde ; ne prie plus en paroisse ; l'été dernier, nos footballeurs n'ont pas su faire équipe ; nos politiques savent-ils encore construire un parti plausible ou un gouvernement stable ? On dit partout mortes les idéologies ; ce sont les appartenances qu'elles recrutaient qui s'évanouissent.

Cet nouveau-né individu, voilà plutôt une bonne nouvelle. A balancer les inconvénients de ce que l'on appelle égoïsme par rapport aux crimes commis par et pour la libido d'appartenance – des centaines de millions de morts –, j'aime d'amour ces jeunes gens.

Cela dit, reste à inventer de nouveaux liens. En témoigne le recrutement de Facebook, quasi équipotent à la population du monde. Comme un atome sans valence, Petite Poucette est toute nue. Nous, adultes, n'avons inventé aucun lien social nouveau. L'entreprise généralisée du soupçon et de la critique contribua plutôt à les détruire.

Rarissimes dans l'histoire, ces transformations, que j'appelle hominescentes, créent, au milieu de notre temps et de nos groupes, une crevasse si large et si évidente que peu de regards l'ont mesurée à sa taille, comparable à celles visibles au néolithique, à l'aurore de la science grecque, au début de l'ère chrétienne, à la fin du Moyen Age et à la Renaissance.

Sur la lèvre aval de cette faille, voici des jeunes gens auxquels nous prétendons dispenser de l'enseignement, au sein de cadres datant d'un âge qu'ils ne reconnaissent plus : bâtiments, cours de récréation, salles de classes, amphithéâtres, campus, bibliothèques, laboratoires, savoirs même… cadres datant, dis-je, d'un âge et adaptés à une ère où les hommes et le monde étaient ce qu'ils ne sont plus.

Trois questions, par exemple : que transmettre ? A qui le transmettre ? Comment le transmettre ?

QUE TRANSMETTRE ? LE SAVOIR !

Jadis et naguère, le savoir avait pour support le corps du savant, aède ou griot. Une bibliothèque vivante… voilà le corps enseignant du pédagogue. Peu à peu, le savoir s'objectiva : d'abord dans des rouleaux, sur des velins ou parchemins, support d'écriture ; puis, dès la Renaissance, dans les livres de papier, supports d'imprimerie ; enfin, aujourd'hui, sur la toile, support de messages et d'information. L'évolution historique du couple support-message est une bonne variable de la fonction d'enseignement. Du coup, la pédagogie changea au moins trois fois : avec l'écriture, les Grecs inventèrent la Paideia ; à la suite de l'imprimerie, les traités de pédagogie pullulèrent. Aujourd'hui ?

Je répète. Que transmettre ? Le savoir ? Le voilà, partout sur la Toile, disponible, objectivé. Le transmettre à tous ? Désormais, tout le savoir est accessible à tous. Comment le transmettre ? Voilà, c'est fait. Avec l'accès aux personnes, par le téléphone cellulaire, avec l'accès en tous lieux, par le GPS, l'accès au savoir est désormais ouvert. D'une certaine manière, il est toujours et partout déjà transmis.

Objectivé, certes, mais, de plus, distribué. Non concentré. Nous vivions dans un espace métrique, dis-je, référé à des centres, à des concentrations. Une école, une classe, un campus, un amphi, voilà des concentrations de personnes, étudiants et professeurs, de livres en bibliothèques, d'instruments dans les laboratoires… ce savoir, ces références, ces textes, ces dictionnaires… les voilà distribués partout et, en particulier, chez vous – même les observatoires ! mieux, en tous les lieux où vous vous déplacez ; de là étant, vous pouvez toucher vos collègues, vos élèves, où qu'ils passent ; ils vous répondent aisément. L'ancien espace des concentrations – celui-là même où je parle et où vous m'écoutez, que faisons-nous ici ? – se dilue, se répand ; nous vivons, je viens de le dire, dans un espace de voisinages immédiats, mais, de plus, distributif. Je pourrais vous parler de chez moi ou d'ailleurs, et vous m'entendriez ailleurs ou chez vous, que faisons-nous donc ici ?

Ne dites surtout pas que l'élève manque des fonctions cognitives qui permettent d'assimiler le savoir ainsi distribué, puisque, justement, ces fonctions se transforment avec le support et par lui. Par l'écriture et l'imprimerie, la mémoire, par exemple, muta au point que Montaigne voulut une tête bien faite plutôt qu'une tête bien pleine. Cette tête vient de muter encore une fois. De même donc que la pédagogie fut inventée (paideia) par les Grecs, au moment de l'invention et de la propagation de l'écriture ; de même qu'elle se transforma quand émergea l'imprimerie, à la Renaissance ; de même, la pédagogie change totalement avec les nouvelles technologies. Et, je le répète, elles ne sont qu'une variable quelconque parmi la dizaine ou la vingtaine que j'ai citée ou pourrais énumérer.

Ce changement si décisif de l'enseignement – changement répercuté sur l'espace entier de la société mondiale et l'ensemble de ses institutions désuètes, changement qui ne touche pas, et de loin, l'enseignement seulement, mais aussi le travail, les entreprises, la santé, le droit et la politique, bref, l'ensemble de nos institutions – nous sentons en avoir un besoin urgent, mais nous en sommes encore loin.

Probablement, parce que ceux qui traînent, dans la transition entre les derniers états, n'ont pas encore pris leur retraite, alors qu'ils diligentent les réformes, selon des modèles depuis longtemps effacés. Enseignant pendant un demi-siècle sous à peu près toutes les latitudes du monde, où cette crevasse s'ouvre aussi largement que dans mon propre pays, j'ai subi, j'ai souffert ces réformes-là comme des emplâtres sur des jambes de bois, des rapetassages ; or les emplâtres endommagent le tibia, même artificiel : les rapetassages déchirent encore plus le tissu qu'ils cherchent à consolider.

Oui, depuis quelques décennies je vois que nous vivons une période comparable à l'aurore de la Paideia, après que les Grecs apprirent à écrire et démontrer ; semblable à la Renaissance qui vit naître l'impression et le règne du livre apparaître ; période incomparable pourtant, puisqu'en même temps que ces techniques mutent, le corps se métamorphose, changent la naissance et la mort, la souffrance et la guérison, les métiers, l'espace, l'habitat, l'être-au-monde.

ENVOI

Face à ces mutations, sans doute convient-il d'inventer d'inimaginables nouveautés, hors les cadres désuets qui formatent encore nos conduites, nos médias, nos projets adaptés à la société du spectacle. Je vois nos institutions luire d'un éclat semblable à celui des constellations dont les astronomes nous apprirent qu'elles étaient mortes depuis longtemps déjà.

Pourquoi ces nouveautés ne sont-elles point advenues ? Je crains d'en accuser les philosophes, dont je suis, gens qui ont pour métier d'anticiper le savoir et les pratiques à venir, et qui ont, ce me semble, failli à leur tâche. Engagés dans la politique au jour le jour, ils n'entendirent pas venir le contemporain. Si j'avais eu à croquer le portrait des adultes, dont je suis, ce profil eût été moins flatteur.

Je voudrais avoir dix-huit ans, l'âge de Petite Poucette et de Petit Poucet, puisque tout est à refaire, puisque tout reste à inventer. Je souhaite que la vie me laisse assez de temps pour y travailler encore, en compagnie de ces Petits, auxquels j'ai voué ma vie, parce que je les ai toujours respectueusement aimés.

Pour lire l'intégralité des textes de la coupole du 1er mars, reportez-vous sur le site de l'Institut de France.