mercredi 25 mai 2011

Texte inspirant à propos du toucher

  Extrait d’un article su le web, complément au dossier sur le massage du magazine Grandir Autrement n°14

  Le sens du toucher est beaucoup plus important pour tout un chacun et en particulier pour un nouveau-né qu'on ne l'imaginait il y a quelques années. Des expériences aux siècles précédents ont montré que des enfants que l'on ne touchait pas, même si leurs autres besoins, dits physiologiques, étaient satisfaits (alimentation, hygiène, sommeil, élimination, etc.), mouraient. Ça a été le cas de bébés allemands vers l'an 1200 à qui leurs parents ou nourrices n'adressaient aucune parole sur ordre de l'empereur Frédéric II qui voulait découvrir quelle serait la langue spontanée des enfants si on ne leur parlait pas et si on ne les maternait pas. En fait, ils moururent tous! Au XIXe siècle et jusque vers 1920 aux États-Unis, plus de la moitié des enfants de moins d'un an mouraient de « marasmus » (terme grec signifiant « dépérissement »), et presque 100 % dans les orphelinats ! Les enfants dépérissaient et mouraient de « faim de peau » pourrait-on dire. Cela en raison des dogmes provenant de l'enseignement du Dr. Holt en vigueur à cette époque-là qui préconisait l'allaitement à heures fixes, voire les biberons de lait de vache coupés d'eau (entraînant des diarrhées souvent fatales), le bannissement des berceaux, l'interdiction de prendre les enfants dans les bras lorsqu'ils pleuraient et le refus des caresses qui risquaient de « gâter » les enfants. C'était aussi la période où étaient menacés d'excommunication les parents partageant leur lit avec leur(s) enfant(s) pendant le sommeil, suite à des infanticides déguisés en étouffements dûs à la promiscuité nocturne, dans des familles pauvres désespérées à trop grand nombre d'enfants (il n'y avait pas de contraception et l'avortement était interdit et très dangereux pour les mères).          
            Ce sont encore ces idées dogmatiques diffusées dans un livre paru il y a 114 ans qui ont la vie dure dans l'entourage des jeunes familles d'aujourd’hui et dans nos mentalités contemporaines. A New York, alors qu'un programme de soins maternels avait été institué dans les services de pédiatrie, où chaque bébé était porté, pris dans les bras, promené et materné chaque jour, la mortalité infantile des moins d'un an tomba à moins de 10 % en à l'hôpital. C'est dire si le toucher est vital. Dans une expérience en 1963, Harlow a élevé des singes rhésus orphelins en cage en leur laissant à disposition un substitut maternel métallique assurant l'allaitement et un substitut maternel doux et moelleux en lainage recouvrant une ampoule intérieure qui produisait de la chaleur. Il a comptabilisé le temps passé par les bébés singes auprès de chaque substitut et il s'est avéré que les bébés n'allaient vers la « mère » nourricière en métal que pour téter et passaient la plupart de leur temps auprès de la « mère » chaude et douce au toucher contre laquelle ils se pelotonnaient alors qu'elle ne dispensait pas de nourriture (exemples relevés dans Ashley Montagu, La peau et le toucher - un premier langage, Éditions Le Seuil.) La « reconnaissance du ventre » censée être à la base des manifestations de joie en présence de sa mère par un nouveau-né dans le langage courant devrait être remplacée par la « reconnaissance de peau » ou la « reconnaissance du toucher » même si le lien qui unit un enfant à sa mère est évidemment bien plus que cela.
            Le massage parent-bébé est un moyen de nourrir ce bébé par sa peau, mais toutes les expériences de peau à peau partiel ou intégral sont bonnes à prendre. Lors du partage du lit entre le bébé ou l'enfant et son ou ses parents, il y a contact. Ce contact sera différent s'il y a habits ou non. Entre la famille en pyjama + couverture + turbulette ou parents nus ou torses nus et bébé juste en couches, voire nu (en cas de pratique de l'hygiène naturelle nocturne), pelotonné contre le sein de sa mère, la surface de peau touchée, massée, la "surface" d'êtres en contact ne sera pas la même. La différence est encore plus palpable entre un bébé en chambre seule, a fortiori hospitalisé, et un bébé nu ou quasi contre la peau de sa mère toute la nuit. Il y a 8 à 10 heures de peau à peau d'écart par jour entre ces deux situations et les besoins de massage et de contacts diurnes de ces deux bébés (et de leurs mamans !) seront donc bien différents. Un bébé en écharpe porte-bébé nu contre sa mère habillée juste d'un débardeur ou d'un maillot de bain voire torse nu (à la maison), ou un bébé en combinaison « bibendum » en poussette qui n'a même pas accès à son propre pouce, et vous comprendrez bien que l'effet massant, l'effet de lien n'est pas le même. Rien que la différence d'habillement entre hiver et été influe sur la quantité de « papouilles » directes que chacun va recevoir sur sa peau. Pour les bébés d'hiver, pensez à les dévêtir régulièrement en ambiance à bonne température pour pouvoir les câliner, les masser, prendre votre bain avec et satisfaire ainsi vos besoins réciproques de contact. Idem pour les grenouillères avec pieds emballés ou non, petits pieds à embrasser et massouiller ou enveloppés dans diverses épaisseurs de tissus, voire chaussures dernière mode (le petit bébé ne marche pas, il n'attrapera pas froid par ses pieds sur le sol...).
             Masser son bébé, ses enfants, son homme ou son amoureuse, oui donc, mais pas seulement. Toucher, câliner, entrer en contact, c'est vital. Et pourquoi tout ça ? Parce que ça fait du bien ! Parce que ça nourrit, parce que ça détend.

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